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Replacer l’agriculture au cœur des débats Enregistrer au format PDF Envoyer

« L’Initiative Prospective Agricole et Rural (Ipar), dans l’exécution de sa mission de mettre en débat ses résultats de recherche, compte apporter une « innovation » dans la campagne électorale à venir. Elle ambitionne d’auditionner tous les candidats à la présidentielle de 2012 », rapporte le quotidien SudOnLine.

Placer l’agriculture au cœur des débats en vue de la campagne électorale pour la présidentielle de février 2012. Telle est l’ambition que l’Initiative Prospective Agricole et Rural (Ipar)a décliné lors du séminaire de formation de journalistes sur la gouvernance de l’agriculture sénégalaise, ses enjeux et défis, qu’elle a organisé du 20 au 22 décembre à Saly Portudal (Mbour), en collaboration avec le Projet croissance économique de l’Usaid (Usaid/Pce). Une rencontre qui a permis de faire une radioscopie des ratés de l’agriculture sénégalaise.

L’Initiative Prospective Agricole et Rural (Ipar), dans l’exécution de sa mission de mettre en débat ses résultats de recherche, compte apporter une « innovation » dans la campagne électorale à venir. Elle ambitionne d’auditionner tous les candidats à la présidentielle de 2012 pour jauger leur vision de l’agriculture. Le Directeur exécutif de cette organisation de recherche, M. Cheikh Omar Ba, a indiqué que le premier fondement de cette démarche est parti du constat que « souvent au moment de l’élection présidentielle le débat peut forcément ne pas être centré sur l’agriculture qui est capital pour le développement du Sénégal. En tant qu’institution qui a entre autres missions de recherche, le renforcement de capacité ou la formation, nous estimons qu’une échéance présidentielle est un moment important pour que l’ensemble des acteurs puissent échanger sur des programmes, sur des visions sur le moyen terme ». C’est ainsi que« l’Ipar estime que l’agriculture occupe la place centrale dans le monde et particulièrement au Sénégal d’où l’opportunité pour les acteurs de débattre par rapport aux visions des candidats sur l’avenir du Sénégal ».

Cette initiative est soutenue par le bilan peut reluisant et mitigé que les chercheurs ont tiré sur les 50 années d’agriculture au Sénégal, montrant que socialistes comme libéraux « sont passés à côté du fait des options prises dans le management de ce secteur. » Une agriculture qui porte les stigmates des échecs des nombreuses tentatives des gouvernements qui se sont succédés, mais aussi des Programmes d’ajustement structurel (Pas). A cela s’ajoute la volonté du régime libéral de relancer l’investissement dans l’agriculture. Une option caractérisée par le blocage ou la lenteur constatée aujourd’hui dans la mise en œuvre de la Loi d’orientation agro-sylvopastorale. Une mise en œuvre qui, selon Ndiobo Diène, haut responsable au ministère de l’Agriculture, « se fait lentement, sans oublier l’aspect foncier qui semble être l’épine dorsale. » Beaucoup d’investissements, peu de résultats

Ce séminaire que l’Usaid/Pce et l’Ipar ont organisé à l’intentiondes journalistes a été une occasion de faire un diagnostic sans complaisances de l’agriculture sénégalaise, mettant à nu les ratés et déboires notamment les « privatisations ratés » menées en cascade (Sodefitex, Sonacos…), malgré les sommes importantes d’argent qui ont été consacrées à ce secteur.

El Hadj Abdou Guèye, ingénieur agronome en poste à l’Usaid-PCE, a estimé que les ratés de l’agriculture s’expliquent par les options qui ont été prises et qui n’ont pas été forcément les bonnes. « Si on en est là, c’est parce que les leviers sur lesquels on s’est appuyé n’ont pas été les bonnes. C’est pour cela qu’on a une agriculture qui, globalement, malgré tous les efforts des pouvoirs publics aussi bien au plan institutionnel, financier, élaboration de programmes, le secteur reste aujourd’hui en rade par rapport aux attentes. Jusqu’à présent, le producteur n’arrive pas à accéder au crédit de façon convenable et il reste isolé dans sa zone de production, faute de moyens de communication ». M. Guèye pense qu’il n’y a pas de valeur ajoutée sur les productions qui contribueraient à développer une économie rurale. A cela, s’ajoute le problème de la formation du capital humain, l’investissement…

Dans la dynamique, le Directeur exécutif d’Ipar pense que le bilan de l’agriculture est « mitigé ». Cheikh Omar Ba estime qu’« il y a des périodes de bonnes productions ». Pour lui, « ces dernières années, on constate qu’il y a eu beaucoup d’initiatives notamment les programmes spéciaux mais la problématique de la concertation se pose du moment que des paysans produisent et ne peuvent pas vendre… »

Goana et Reva pourvoyeurs d’emploi ?

Sur le plan des emplois fournis, l’agriculture n’a pas fait mieux qu’on ne l’imagine.Ibrahima Hathie, Directeur de recherche del’Ipar tire un bilan « mitigé » sur cet aspect. A son avis, « depuis les ajustements structurels, on voit bien que le poids de l’agriculture dans l’économie a un pu reculer. Il y a une trentaine d’années, le secteur primaire occupait 20% du PIB alors qu’aujourd’hui nous sommes autour de 14% dont 9% pour l’agriculture ». Malgré ce recul, a-t-il précisé, « l’agriculture reste un socle pour l’économie puisse que du point de vue des actifs, 64% sont dans le milieu agricole. Ce qui fait de ce secteur la principale pourvoyeuse d’emplois ».

Du point de vue de l’efficacité, Ibrahima Hathie ne peut pas dire que « Goana et Reva ont permis de régler les questions d’emplois tels qu’ils se posent actuellement ». Il reconnait cependant qu’à travers ces deux initiatives, « l’Etat a fait beaucoup pour l’agriculture en termes d’allocation financière, mais si on regarde de plus près, avec l’exemple de Reva, je ne suis pas sûr que le nombre d’emplois qui est créé soit à la mesure des espoirs » Aujourd’hui, a-t-il fait savoir, « dans le monde agricole, si à peu près 150 mille actifs nouveaux arrivent sur le marché de l’emploi chaque année, à côté on ne crée pas plus de 30 mille emplois, on voit que la marge est donc très importante ».

Evaluant les performances de la Goana sur le même angle de l’emploi, le Directeur de recherche de l’Ipar déclare : « nous sommes sûr qu’il y a eu des progrès dans les différentes productions notamment le riz, les céréales mais par rapport aux attentes, on est loin des résultats ». Pour lui, il ne s’agit pas simplement d’augmenter les productions mais de le faire de manière durable en mettant l’accent sur les maillons les plus faibles. « Je ne suis pas sûr que les mesures qui ont été prises dans le cadre de la Goana soient allées dans ce sens notamment tout ce qui concerne les aspects transformation, commercialisation où il y a encore des problèmes réels ».

Ibrahima Athie, Directeur de recherche de l’Ipar fait remarquer que « pour les 15 prochaines années, pour faire face à la demande, il faudrait créer à peu près 5 millions d’emplois. C’est un chiffre important parce que chaque année, il y a environ 269 mille actifs nouveaux qui arrivent sur le marché de l’emploi ». A son avis, la démarche à suivre ne consiste pas simplement de penser à créer des Fonds nationaux de l’emploi (Fnpj, Anej) ou d’attaquer le problème par la banlieue (Ofejban). « Je pense que la réflexion doit s’orienter vers les activités qui permettent de créer des emplois en essayant de les distinguer et les appuyer ».

Pour lui, « il ne s’agit pas simplement de dire aux jeunes d’aller cultiver. La réalité c’est que les emplois peuvent être créés à partir de la transformation à tous les services qui peuvent être offerts aux agriculteurs, aux transformateurs, aux commerçants. Ces services peuvent être pris en charge par les jeunes aussi bien en milieu rural qu’en milieu urbain parce que les emplois dans l’agriculture ne sont pas toujours localisés en milieu rural ».

Cette volonté de fournir de l’emploi aux jeunes est adossée à la qualification de la main d’œuvre comme mesure d’accompagnement. Ce qui pose la lancinante question de l’inadéquation formation-emploi tant décriée par le secteur privé sénégalais. A cela, s’ajoute le phénomène lié à la bonne partie de la masse de jeunes formés dans le système éducatif et qui ne poursuivent pas leurs études. « Tous ces jeunes doivent être pris en charge pour que chacun puisse avoir un métier, une formation professionnelle par rapport à la demande du marché. Ce qui demande des moyens mais aussi une politique réfléchie d’emploi », a estimé M. Hathie.

Aussi, la résorption du gap en termes de demande d’emploi à travers l’agriculture dépend, selon M. Hathie, des scénarios qui vont être employés. « Si l’on pense à la tendance actuelle où il n’y a pas de changements majeurs,on pourrait dire que l’agriculture va difficilement jouer un rôle majeur en termes de créations d’emplois et d’ailleurs c’est ce qui explique qu’une bonne partie des jeunes quittent le monde rural pour aller dans le milieu urbain ». Mais, a-t-il poursuivi, « si on opère des ruptures en développant surtout les maillons aval ou la transformation, le développement des chaines de valeur, on pourrait accroître les emplois. »

Les priorités du prochain président de la République

Afin de remettre l’agriculture sur les rails, les chercheurs invitent le futur président du Sénégal à « marquer une rupture ». L’ingénieur agronome El Hadj Abdou Guèye, pense que celui qui devra présider aux destinés du Sénégal devra « d’abord veiller à restaurer le rôle régalien de l’Etat, capable de contrôler le secteur mais de mettre en place les moyens et les conditions nécessaires au développement du secteur rural. « L’Etat doit créer un environnement favorable en mettant en place des pistes de production ; en rendant le crédit accessible ; et huiler les circuits de commercialisation ». Tout cela repose sur des options long terme et il faut des indicateurs clés qui permettent d’évaluer les résultats par rapport aux moyens investis. Mais,regrette-t-il, « aujourd’hui, il n’y a aucun schéma qui permet un dispositif de suivi et d’évaluation de tous les moyens que nous mettons en place. Du coup, il est difficile de corriger les disfonctionnements ».

Sur un autre registre, Cheikh Omar Ba, Directeur exécutif d’Ipar considère que pour relancer l’agriculture sénégalaise, il faut d’abord partir des réalités du secteur dans le pays. « C’est une agriculture, aujourd’hui, qui est familiale. Ce qui met en avant les conditions d’accompagnement des dynamiques paysannes mais aussi d’agriculteurs ». A son avis, « si les paysans n’ont pas de formation, au lieu de chercher d’autres producteurs il faut les renforcer. S’ils n’ont pas d’intrants, il faut trouver les moyens de créer les conditions pour qu’ils puissent avoir le crédit nécessaire ». Par rapport au foncier, a-t-il regretté, « aujourd’hui, la tendance est l’accaparement des terres. La question à poser est celle de savoir comment faire pour que les enfants des agriculteurs qui sont obligés d’abandonner l’agriculture puissent développer le secteur avec leurs parents mais aussi disposer du crédit, d’assurer la production, de s’équiper et régler les autres préoccupations qui correspondent à leurs besoins ». M. Ba suggère de voir, en fonction des zones agro-écologiques, les types de culture afin d’équilibrer le développement rural et urbain. Une option qui, d’après lui, consistera à répondre aux questions relatives à la connexion des bassins de production et des bassins de consommation ? Comment inverser la tendance consistant à tout importer de l’extérieur au lieu de produire suffisamment, créer de la valeur ajoutée et partant, réussir les cinq missions de l’agriculture à savoir nourrir les populations, pourvoir des devises, créer des emplois, gérer les ressources naturelles et augmenter les revenus des producteurs.

Publié dans SudOnLine, le 26 décembre 2011, par Bacary DABO

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