LES EFFETS DE LA COVID-19 SUR LA COMMERCIALISATION DES PRODUITS HORTICOLES AU SENEGAL

LES EFFETS DE LA COVID-19 SUR LA COMMERCIALISATION DES PRODUITS HORTICOLES AU SENEGAL

Le 20 mai 2020 le CNCR et l’IPAR ont organisé un premier webinaire sur la commercialisation des produits horticoles. Cette animation s’inscrit dans une série de débats sur les effets de la Covid-19, dans un contexte qui a poussé le gouvernement à instaurer l’état d’urgence, fermer les frontières, limiter la mobilité des personnes et des biens et fermer les marchés et les ‘loumas’ en milieu rural. Ces mesures ont fortement impacté la commercialisation des produits horticoles.

L’objectif du webinaire co-animé par M. Alassane Samba DIOP, journaliste, directeur de I-radio et ITV et Dr. Cheikh Oumar Ba, directeur Exécutif de IPAR,
est d’instaurer un échange d’informations et un dialogue multi-acteurs pour formuler
des recommandations aux décideurs politiques afin de renforcer la résilience des producteurs agricoles et des populations rurales en général. De façon spécifique, le webinaire cherchait à apporter des réponses aux questions suivantes :

  • Quelles sont les mesures prises par les autorités et stratégies développées par les différents acteurs pour faire face à la crise ?
  • En quoi ces différentes initiatives permettent-elles de reconfigurer un système de commercialisation résiliant ?
  • Quelles recommandations formuler en direction des autorités, des Organisations socio-professionnelles et du secteur privé ?

Points saillants de la téléconférence

Mots d’introduction

M. Nadjirou Sall, président du CNCR a, dans son mot d’ouverture, manifesté sa satisfaction dans la collaboration avec IPAR et s’est félicité des initiatives développées dans le contexte de la covid-19. Il a salué la présence massive des différents partenaires (décideurs politiques, représentants des partenaires techniques et financiers, organisations de la société civile et du secteur privé, avec une mention spéciale à l’union des Chambres de commerce. La thématique abordée vient à son heure, car les horticulteurs, en particulier ceux qui s’activent dans les filières oignon et pomme de terre rencontrent des difficultés pour écouler leurs productions. Pour finir, tout en saluant les efforts de l’État, il a regretté la non intégration  des produits horticoles dans le kit de solidarité prévu pour appuyer les familles éprouvées par la COVID-19.

Les panélistes

M. Amadou Abdoul SY, Directeur général de l’ARM

«  L’ARM a apporté des améliorations au niveau des plateformes et mis en place un collège des commerçants.  »

Après un rappel des activités de sa direction qui assure des visites de supervision des marchés, le gel des importations, la mise à disposition de lettres de voiture, M. Sy a soulevé les points suivants :

  • En trois mois, l’ARM a distribué dans la zone de Saint-Louis 80 carnets de 50 pages pour les lettres de voiture.
  • Le prix de vente en cette période de covid-19 est faible (inférieur au prix conseillé), mais il est rémunérateur. Par conséquent les producteurs ne vendent pas à perte.
  • La mauvaise planification de la production est une cause de la mévente des produits horticoles. Malgré la possibilité de décaler la production, chaque producteur veut être premier sur le marché, ce qui entraine une augmentation de l’offre. Ainsi, par le mécanisme d’autorégulation du marché, le prix baisse pour équilibrer l’offre et la demande.
  • Sur la base du financement annuel de 100 à 300 millions, l’ARM a apporté des améliorations au niveau des plateformes en remplaçant les magasins par des dispositifs plus améliorés. Ce travail s’est accompagné par la mise en place du collège des commerçants.
  • Le 2 avril, l’ARM a adressé une lettre au ministère en charge de la solidarité pour suggérer l’intégration de l’oignon et la pomme de terre dans le kit de solidarité que l’Etat est en train de distribuer aux ménages. La même démarche a été suivie pour faciliter la mise à la disposition des acteurs des chambres froides à Diamniadio pour la conservation de l’oignon. Il y a accord de l’Etat, mais des lenteurs sont notées dans la procédure.

Dr. Macoumba Diouf, Directeur de l’horticulture

«  Il faut une planification concertée et une synergie de l’ensemble des acteurs impliqués  »
La commercialisation de la production horticole nécessite une synergie de l’ensemble des acteurs impliqués. Il faut une bonne planification concertée depuis la production jusqu’à la consommation. La direction de l’horticulture encourage les producteurs à avoir une production décalée, ce qui permettra d’éviter l’arrivée de la production dans le marché au même moment. Cependant, il est difficile pour le ministère de l’agriculture de faire respecter cette orientation aux producteurs. C’est pourquoi le directeur de l’horticulture a invité les organisations de producteurs à contribuer à accompagner l’État pour le respect de ces orientations. Il a fini par rappeler les initiatives gouvernementales visant à faire de l’horticulture un fer de lance du développement économique du Sénégal, à travers un programme quinquennal qui est en cours d’élaboration pour améliorer la production et la commercialisation des produits horticoles

Mme Maïmouna SAMBOU, Transformatrice des fruits en Casamance

«  La collecte en matière première pour les unités de transformation est bloquée  »

A l’entame de ses propos, Mme Sambou s’est félicitée de la dynamique collective initiée dans le cadre de ce panel. Dans son intervention, elle a fait ressortir les effets de la covid-19 sur la transformation des produits horticoles et forestiers :

  • La pandémie a bloqué l’approvisionnement des unités de transformation en matières premières. La période actuelle est marquée par la récolte de la mangue, du ditakh, du Bouy et du Madd, autant de produits qui constituent les matières premières utilisées dans les unités de transformation. A cause des différentes mesures liées à la covid-19, les transformatrices ne parviennent plus à accéder à ces produits.
  • La difficulté de constituer un stock a impacté l’activité de transformation et de commercialisation.
  • les consommateurs ont peur d’acheter les produits par conséquent, les transformatrices utilisent leur capital pour prendre en charge les dépenses liées au personnel.

M. Serigne MBOUP, Opérateur économique, Président de l’Union des Chambres de commerce, d’industrie et de services du Sénégal

« Une chaîne logistique pour garantir un produit de qualité et la coordination entre les acteurs impliqués sont les problèmes majeurs du secteur privé »

  • Il a d’abord rappelé les prérogatives des chambres de commerce qui sont des outils pour appuyer le ministère du commerce. C’est un vaste réseau avec un maillage complet du territoire national. Les chambres de Commerce sont des établissements publics, accessibles à tous les acteurs. Elles n’ont pas de moyens pour financer la commercialisation des produits agricoles.
  • La chaine logistique prend en compte l’ensemble des éléments pour garantir un produit de qualité depuis la production jusqu’à la consommation (route, chambres froides, dispositif de transport…).
  • La coordination entre les acteurs impliqués dans tout le processus fait souvent défaut. Le constat est qu’il y a beaucoup d’intervenants qui agissent avec les mêmes acteurs sans se parler, à l’image d’un malade entouré par plusieurs médecins qui veulent apporter des soins sans se concerter.
  • La covid-19 est une opportunité pour notre économie, mais il faudra repenser notre économie en se focalisant sur la spécialisation, la logistique et la concertation
  • Mise en place de marché de gros pour la commercialisation des produits agricoles

Maguette Diop productrice dans les Niayes
« Nous femmes productrices sommes impactées à trois niveaux » :

  • Les difficultés liées à la commercialisation de certains produits horticoles ont causé des problèmes de conservation, réduisant ainsi la principale source de revenu des producteurs.
  • A cause des problèmes de commercialisation, les producteurs ne parviennent pas à honorer les engagements bancaires. Face à cette situation, ils sollicitent l’appui de l’Etat pour faire face.
  • Nécessité d’avoir un appui de l’Etat pour la préparation de la compagne hivernale car les produits horticoles qui jadis finançaient la campagne hivernale ont rencontré des problèmes de commercialisation.

Recommandations de la téléconférence

Dr Ibrahima HATHIE, directeur de recherche de l'IPAR a fait la synthèse des échanges et souligné les recommandations formulées :

  • Renforcer la planification de la production pour approvisionner les marchés en produits horticoles de façon contenue ;
  • Organiser une rencontre pour réfléchir sur des mécanismes de financement innovants pour les Chambres de Commerce afin qu’elles soient en mesure de faire des investissements productifs capables d’accompagner la commercialisation des produits horticoles ;
  • Renforcer la spécialisation des acteurs du secteur horticole ;
  • Améliorer la chaine logistique dans tout le processus pour faciliter la commercialisation ;
  • Mettre en place une synergie entre chambres de commerce, ARM, Horticulture, CNCR avec l’appui de IPAR pour apporter des réponses adaptées aux problèmes de la commercialisation des produits horticoles ;
  • Mettre en place une disposition légale ou réglementaire (loi ou autre) pour promouvoir la consommation des produits locaux ;

 

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    10-12 aout 2016 Atelier de renforcement et finalisation de la contribution de la société civile à la revue conjointe du secteur agricole

    L'atelier a lieu du 10 au 12 aout 2016. Les résultats attendus :

    L'atelier a lieu du 10 au 12 aout 2016. Les résultats attendus :

    • les participants sont informés sur le processus de la RCSA 2015 ;
    • La contribution de la société civile sur le rapport provisoire de la RCSA 2015 est enrichie ;
    • L’organisation du GDPS est renforcée pour une meilleure participation de la société civile dans le processus des RCSA et de mise en œuvre des politiques agricoles au Sénégal ;
    • Elaborer une feuille de route pour une meilleure participation de la Société civile dans le processus de formulation du PNIA deuxième génération.

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