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CONTROLE DES PECHES : le Sénégal ouvre le ban Enregistrer au format PDF Envoyer

D’autres Etats d’Afrique de l’Ouest imiteront-ils Dakar ? Le nouveau gouvernement sénégalais, issu de l’élection présidentielle du 25 mars qui a vu la défaite d’Abdoulaye Wade après deux mandats à la tête du pays, a annulé 29 autorisations de pêche délivrées par son prédécesseur à des chalutiers étrangers. Dans une région aux ressources halieutiques très convoitées, où la pêche est un pilier de l’économie, le signal est important.

L’affaire des permis de pêche sénégalais a commencé à défrayer la chronique en mars 2010. A l’époque, de gros bateaux, battant pavillon étranger et pêchant les petits pélagiques (sardine, sardinelle, chinchard...), base de l’alimentation sénégalaise, ont fait leur apparition au large des côtes, au grand étonnement de la population. L’explication devint vite claire : en contradiction avec les règles nationales, et en toute opacité, les autorités avaient vendu des autorisations de pêche à des armateurs étrangers dans les eaux territoriales. Les pêcheurs locaux ont eu beau dénoncer l’illégalité de ces permis, le nombre de bateaux ne cessa d’augmenter au fil des mois.

"Au total, 44 licences de pêche auraient été accordées, même si certains navires ne sont pas venus pêcher", souligne Jérôme Frignet, chargé de la surveillance des océans à Greenpeace. Sur les 29 chalutiers impliqués, une dizaine battaient pavillon russe, cinq étaient originaires d’Etats européens (lituaniens et letton) - alors que l’accord de pêche entre l’UE et le Sénégal est suspendu depuis 2006 -, le reste naviguant sous pavillon de complaisance. L’organisation écologiste a estimé le volume de leurs prises "de 120 000 à 130 000 tonnes entre novembre 2011 et avril 2012", soit 60 % de ce que capturent les quelque 10 000 pirogues des pêcheurs artisanaux sénégalais.

La décision d’annuler les permis a été annoncée, le 29 avril, par le ministère de l’économie maritime, conformément à une promesse du nouveau président sénégalais, Macky Sall, pendant sa campagne électorale. "Il y a urgence à agir dans le secteur de la pêche", a-t-il confirmé une fois élu, le 3 avril, lors de son discours à la nation. "Je suis déterminé à revoir les conditions d’octroi des licences de pêche et à lutter fermement contre les navires pirates qui pillent nos ressources", a-t-il ajouté.

La question est de taille pour le pays. La pêche artisanale emploie directement 60 000 hommes. De la capture à la commercialisation, elle fait vivre quelque 600 000 personnes. Indispensable à la sécurité alimentaire du pays, la pêche est aussi le premier secteur d’exportation du pays.

L’enjeu est aussi régional. Les eaux d’Afrique de l’Ouest, parmi les plus poissonneuses du monde, sont très convoitées. A elle seule, l’Union européenne a des accords de pêche avec sept Etats ouest-africains. Les scientifiques recommandent une diminution des prises face à une surexploitation des stocks qui pourrait menacer l’équilibre économique et social de pays vivant en grande partie de la pêche. Mais pour certains Etats de la région ces licences constituent aussi une manne financière importante. Actuellement en renégociation - il expire le 31 juillet -, le protocole d’accord entre la Mauritanie et l’UE autorisait 110 navires européens à pêcher dans les eaux mauritaniennes en contrepartie de 305 millions d’euros pour quatre ans. Pour le reconduire, Nouakchott exige une hausse du montant des compensations.

Article de Charlotte Bozonnet publié dans Le Monde.fr

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