 Edition du Mercredi 9 août 2006
Le mémorandum publié par le Conseil national de coopération des ruraux (Cncr) fait état de « subventions qui ont plutôt abouti au renflouement financier de la Société nationale de commercialisation des oléagineux du Sénégal (Sonacos). Pour cette année, la Sonacos a empoché, en l ?espace de 3 à 4 mois, une plus-value d ?environ 5 milliards sur 40 mille tonnes de graines. Elle a acheté les graines à 105 francs et les a revendus à 225 francs Cfa le kg. La Sonacos doit plus d ?1 milliard 130 millions de francs de factures impayés et dans la zone de Tambacounda, il existe encore des bons impayés ». Des délégations du Cncr ont fait, en quinze jours, une tournée dans les trente-trois départements du pays, et discuté avec plus de 1 500 responsables élus d ?organisations paysannes. Elles ont fait le point avec leur base, sur la campagne arachidière de 2006, sur la situation alimentaire des familles rurales et donné des informations sur la campagne 2006-2007 et d ?autres programmes en cours.
Une rencontre bilan-restitution a été organisée hier, dans les locaux du Cncr à Dakar, en présence des leaders politiques et de membres de la société civile. Dans le mémorandum lu par M. Saliou Samb, il est signalé que « la faim et la pauvreté touchent de plus en plus les familles. Un sentiment de plus en plus grandissant de marginalisation et de désespoir habite les ruraux. Cette situation contraste avec les efforts financiers importants faits par le gouvernement pour répondre aux préoccupations légitimes des paysans ». Pour ce qui est de l ?accès aux intrants et la commercialisation des produits agricoles, depuis 2000 et chaque année qui suit, le budget national a consenti des subventions pour favoriser un accès plus large des exploitations familiales aux semences, à l ?engrais et aux équipements agricoles. Des dizaines de milliards ont été dépensés, mais « il y a un manque de concertation sincère avec les principaux acteurs, notamment dans la conception et la mise en ?uvre de ses subventions ».
Les membres du Cncr dénoncent un manque de transparence dans la sélection des ayants droit, les fraudes et la rétention de stocks. L ?inadéquation entre le moment de la mise en place et celui, pendant lequel certains producteurs de certaines filières ressentent le besoin. Les quantités insuffisantes subventionnées, qui ont favorisé un renchérissement des prix des fertilisants. Ils estiment aussi que le saupoudrage a caractérisé la cession des équipements alors que l ?on aurait pu, après des concertations franches, planifier et cibler les régions. Pour l ?engrais, les quantités sont insuffisantes et les intempéries n ?ont pas facilité les choses, et en l ?absence d ?un système de suivi et de contrôle, la subvention n ?arrive pas aux paysans.
Les ruraux présents à cette rencontre ont fustigé « le fait que le président de la République veut faire venir du Mali, 200 mille tonnes de riz, alors que nous produisons du riz que nous vendons à 175 francs Cfa le kg, que nous n ?arrivons pas à écouler. Comment écoulera-t-il le riz qui est venu à plus de 200 francs Cfa. Le président a aussi décidé d ?exploiter des terres au Mali. Au Sénégal, il y a des potentialités d ?exploitation de 240 mille terres et seules 40 mille sont exploitées. C ?est un paradoxe ».
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