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Non pas tant pour inaugurer quoi que ce soit dans la manière de traiter l’information relative à tout ce qui peut avoir un lien avec les deux éléments (la terre et l’eau) qui, avec le climat et tout ce qui y touche ou qui relève de nos rapports concrets (rapports de jouissance, de gestion bonne ou moins bien vertueuse, rapports de vie pour tout dire car impliquant aussi les représentations moins tangibles que les hommes peuvent avoir de leur intrication complexe), forme ce que considérer comme représentant l’environnement qui sera l’objet de prédilection de cette chronique.
La réalité c’est que l’intérêt pour ces questions des femmes et hommes qui animent ce journal n’a jamais faibli. Et que le précédent probant à son actif (un desk Environnement structuré avec un personnel bien formé, dévoué à la cause et relativement rompu au travail de terrain et aux techniques de collecte et de traitement de l’information environnementale) n’aura pas connu l’affalement que quelques malotrus lui souhaitaient. Quand ce capital-expérience, resté heureusement intact, a failli être ruiné pour une raison saugrenue sur laquelle il ne serait pas de bon aloi de revenir. Parce que simplement elle était plus liée à un inexplicable repli sur soi qui a été plus le fait d’une option managériale solitaire et mal éclairée et d’un déficit de compréhension de la valeur ajoutée de l’information environnementale que d’une décision partagée de la rédaction ; qui loin s’en faut, a fait preuve d’une saine et responsable résistance.
Décidée qu’elle a été cette rédaction de rester stoïque mais digne quitte à se faire hara-kiri par loyauté d’abord et par patriotisme d’entreprise face à cette option de gestion dont la conséquence, entre autre, a été de denier toute dignité au traitement de l’information environnementale. Et ceci paradoxalement dans un contexte d’effervescence pour cette problématique où, notre pays, du fait de l’expertise universellement reconnue a ses enfants dans le domaine de l’environnement et d’une volonté politique affirmée au plus haut sommet de l’Etat pour prendre à bras le corps les problèmes d’environnement, pas seulement dans les limites très localisées de son territoire mais en les envisageant dans leurs relations dynamiques et imbriquées à l’échelle de tout le continent, avait fait preuve d’un leadership salutaire qui a valu au président Abdoulaye Wade de se faire confier par ses pairs africains la conduite du volet Environnement du Nepad. Et à notre pays d’engranger d’énormes succès dans les négociations internationales sur les questions comme le Climat, la Biodiversité, du Développement durable ...
Bref, de tous les accords multilatéraux sur l’Environnement adoptés dans la foulée du Sommet de Rio.
Cette expérience-là que s’est forgée ce journal sera le bréviaire pour les animateurs de cette chronique et des suppléments et spéciaux sur la même problématique qui la suivront. Ils en nourrissent d’autant plus la conviction que, d’une part, ils sont acquis avec tous les autres confrères de la rédaction que la complexité et la transversalité des questions relatives requièrent un nouveau type de traitement journaliste que seule permet la prise en charge par un incubateur au sein de la rédaction qui un laboratoire véritable où se discutent, se conçoivent et se mettent en œuvre les idées et sujets de reportage, en l’occurrence une sorte de pool qui est composé, comme notre journal en regorge, de grands reporters et de confrères plus jeunes mais tout aussi motivés sinon beaucoup plus encore pour donner corps à ces sujets et idées.
Et d’autre part, ils savent aussi (les animateurs de ces pages) que l’expérience que s’est forgée dans le domaine de l’Environnement ce journal, le premier quotidien à exister au Sénégal et qui accompagne depuis les premiers jours de l’indépendance les gestes et faits de la Nation est indissociablement liée à l’expérience que l’Etat à la tête de cette même nation et qu’elle en épouse aussi les contours. Et notamment les deux courbes d’évolution qui, en réalité, constituent les deux dimensions inter-reliées d’une trajectoire sinueuse certes, mais unique.
La courbe d’une histoire propre au concept d’environnement qui est l’histoire d’une maturation d’une nouvelle conscience écologique mais qui, au Sénégal comme ailleurs à travers le monde à cette époque-là, était perçu comme un concept nouveau. Lequel, en plus de porter l’estampille de ses origines occidentales était considéré comme une problématique à la confluence des discours scientifiques et des prises de positions politiques. Ce qui faisait que l’Environnement se prêtait alors à un débat où les approximations prenaient toujours le pas sur les certitudes établies et unanimement acceptées par tous.
La courbe ensuite d’une politique aménagiste dont l’histoire, qui s’est construite sur le terreau d’un vécu écologique du pays. Avec comme point de fracture le cycle de sécheresses qui a frappé le Sénégal au tournant des années soixante-dix et la première grande crise énergétique et économique qu’a connu le pays à la même période
Une histoire de choix politiques alternant avec des ruptures ayant conduit chaque fois à des renouvellements de paradigmes dans les approches de gestion environnementale et des visions de développement les sous-tendant. Une double évolution dont confirmation est donnée dans le Programme d’action national de lutte contre la désertification (Pan/lcd) adopté en 1998 en tant qu’exercice articulé au Plan national d’actions pour l’environnement (Pnae) ; lequel constitue pour le Sénégal le cadre stratégique global devant permettre la prise en compte de la dimension environnementale dans le processus de développement économique et social.
« Après son accession à l’indépendance, le Sénégal a tenté de mettre en place un dispositif juridique permettant de promouvoir les actions de protection et d’assurer la prévention des conflits liés à l’accès et au contrôle des ressources naturelles. Dans ce cadre, les efforts ont porté sur l’élaboration en 1964 d’une nouvelle législation foncière. Ce dispositif a été complété par l’adoption de textes relatifs à la gestion des autres ressources naturelles (...) Support de la quasi-totalité des activités de production rurale, le foncier occupe une place centrale dans le cadre de la gestion des ressources naturelles. C’est ce qui explique l’intérêt accordé par les pouvoirs publics à la question foncière dont le traitement a conduit à l’adoption de plusieurs autres textes », lit on dans ce document.
La fin de la première décennie d’application de ces textes de loi a coïncidé avec la formation d’une nouvelle conscience écologique qui a contribué à ancrer le débat au plan international sur la crise multiforme que le monde a connue suite au premier choc pétrolier et la grande sécheresse qui a frappé très durement la région du Sahel et d’autres parties du globe.
Débat porté par des mouvements aux formes diverses et dont les ramifications médiatisées, focalisées essentiellement sur la problématique de la qualité de la vie, "concept réactionnel et pôle de convergence de ces mouvements" ont abouti, comme le notait l’anthropologue environnementaliste, Cheikh Ibrahima Niang de l’Institut des sciences de l’environnement de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar "à des interrogations multiples sur les choix de société, des technologies et des valeurs avec comme corollaire, la formulation des projets sectoriels, diffus ou systématiques de sauvegarde des écosystèmes".
Cette évolution, on peut en dessiner la trame entre l’adoption, au lendemain de son accession à la souveraineté internationale de la Loi sur le domaine national (Ldn), loi 64-48 du 17 juin 1964 qui a mis fin à l’hégémonie combinée de la législation coloniale sur la terre et des modes coutumiers de tenure foncière et qui avait pour objectifs principaux de promouvoir un accès démocratique à la terre dans le cadre d’une stratégie de développement planifié et intégré. Et l’idée aujourd’hui est acceptée par tous les acteurs de la gouvernance globale du développement durable.
Laquelle est la clé de voûte de l’approche décentralisée et participative et point culminant d’évolutions conceptuelles importantes que le Sénégal aura connues, au cours de ces cinquante dernières années, diverses étapes dans la conduite politique des questions relatives à l’Environnement.
Des évolutions qui sont, elles-mêmes, des signes d’un renouvellement des paradigmes et d’une rupture dans sa vision des problèmes du développement. Mais aussi de son action politique dans ce domaine qui, avec la mise en place, en 1993 du Consere (le Conseil supérieur de gestion des ressources naturelles et de l’environnement) est en phase avec ce qui se fait de mieux dans le domaine de la gouvernance mondiale sociale et environnementale qui est en constante évolution. Dès lors, cette politique prend en considération, depuis plus d’une décennie et demie déjà, la presque totalité des recommandations des organismes du Système des Nations unies et des organes créés en vertu des traités qui ont favorisé la conclusion d’accords multilatéraux et qui encouragent l’adoption de principes directeurs, de politiques et de plans d’action dans le domaine du développement durable. Ceci depuis que la Conférence de Rio de Janeiro, qui eu lieu en 1992, a fini de recommander la création d’un cadre de dialogue constructif et de partenariat mondial visant à créer un climat de coopération et de solidarité susceptible de rendre l’économie mondiale plus équitable.
Les effets néfastes de la désertification et de la double crise énergétique et économique qui ont suivi le premier choc pétrolier auront été les déclencheurs véritables de ce processus citoyen qui a permis au débat sur la politique environnementale de se renouveler et faire progressivement sauter le verrou qui empêchait de réajuster les approches en vigueur dans ce domaine. Ceci grâce à la réflexion constructive sur ces événements qui a permis de capitaliser comme idées novatrices, d’une part sur les relations entre croissance démographique et la disponibilité des ressources naturelles à l’échelle du globe.
Et d’autre part sur la focalisation sur les effets négatifs du modèle occidental de développement qui s’est traduit selon le professeur Louis Goffin, qui a enseigné à l’Institut des sciences de l’environnement (le premier vivier pluridisciplinaire de formation à l’Université de Dakar des cadres moulés dans cette vision nouvelle du binôme environnement-développement) par "la prise de conscience d’abord dans le monde occidental des contraintes et des limites dont il convient de tenir compte pour conjurer et éviter les dangers inhérents au développement industriel (technique et économique avec des conséquences sociales importantes), à l’urbanisation subséquente et à l’accroissement potentiel de la population mondiale" .
Le Code de l’environnement, qui a été adopté au terme de la loi 836-05 du 07janvier 1983, quasiment de façon réactionnelle à cette situation engendrée par la sur- urbanisation consécutive à l’exode massif des populations rurales, qui ont déserté les campagnes gagnées par l’aridité et la marasme économique pour les villes et notamment la capitale où le cadre de vie s’est considérablement dégradé à cause principalement de l’absence de planification urbaine et de gestion efficace des déchets domestiques et industriels.
Les impacts de la sécheresse de 1972 ont amené l’Etat du Sénégal, non seulement à créer avec la loi 81-13 du 04 mars 1981 le Code de l’eau qui visait à mettre en place les dispositions permettant de faire face aux aléas de la sécheresse et aux incertitudes que cela pouvait engendrer, mais aussi à réorganiser son armature institutionnelle.
Avec notamment l’introduction dans la législation d’un certain nombre de changements majeurs dans les différents types de structures (les départements ministériels et leurs démembrements, les sociétés régionales de développement et les structures de recherche et enfin les projets) appelées à jouer un rôle prépondérant dans la lutte contre la désertification.
Un phénomène écologique auquel aucune référence explicite n’était faite à l’origine dans ces structures mais qui, du coup, a été érigé depuis au rang de priorité par les autorités étatiques.
Dans ce nouveau dispositif, une place importante est désormais accordée aux Organisations non-gouvernementales (Ong) et au Mouvement associatif dont la composante la plus dynamique était constituée par les associations paysannes qui, selon le Pan/lcd "se sont beaucoup renforcées et diversifiées au cours de ces dernières années et qui présentent aujourd’hui une image multiforme du point de vue de leurs structures (coopératives, groupements de producteurs, groupements villageois, groupements d’intérêt économique, etc.
Les Organisations non-gouvernementales (Ong) s’inscriront dans cette même dynamique de renforcement des capacités. Avec comme tête de pont l’organisation "Environnement-développement action" Enda Tiers-Monde créée en 1972 par feu Jacques Bugnicourt qui a réussi, après avoir fait bénéficier son organisation du statut diplomatique à en faire un véritable creuset de recherche-action qui s’est forgée une double notoriété "d’intellectuel collectif" et de "bâtisseur d’alternatives".
En même temps qu’elles s’impliquèrent dans des processus de création à l’échelle locale et régionale de cadres de concertation sur les questions d’environnement et de développement, ces Ong ont mis en place une plate-forme de concertation au plan national.
C’est le Consortium national des Ong d’appui au développement (Congad) dont l’expérience de terrain et la professionnalisation conjuguée avec celle du Mouvement associatif paysan drivé par la Fédération des Ong du Sénégal (Fongs) et le Comité national de concertation des ruraux (Cncr) a permis de forger, au fur des années, une expertise dans de nombreux domaines du développement comme la programmation, la planification et la gestion des activités liées à l’environnement. Une expertise dont l’Etat du Sénégal a sans doute bénéficié.
Qu’est-ce qui donc a pu faciliter la mise à disposition des services publics chargés de la mise en œuvre des politiques environnementales de cette expertise à moindre frais par ces sortes de think-tanks avant la lettre ? Qui, en plus du crédit qu’ils ont réussi à se créer sur la scène internationale et notamment auprès des bailleurs de fonds, disposaient aussi d’un immense potentiel humain sur le terrain que seules étaient capables dans ce contexte historique précis de mobiliser ces organisations faîtières Congad, Fongs et Cncr qui étaient pourtant contrôlées pour la plupart, par des partis opposés au régime d’alors ?
Aujourd’hui que les rideaux sont tombés sur le Sommet de Copenhague et que l’on s’achemine vers d’autres échéances dont les plus immédiates vont devoir déterminer l’avenir de la planète, c’est à des questions du genre auxquelles votre chronique hebdomadaire "Terreau" tentera, grâce aux contributions expertes qu’elle attend de tous nos lecteurs, de trouver des réponses. En ayant toujours en vue deux choses. Que, d’une part, la claire compréhension de ces problèmes permettra à tous les acteurs impliqués d’avoir une perception claire et partagée des enjeux des processus de planification, source d’une adhésion réelle aux choix et options de l’Etat sur ces questions.
Et d’autre part, que l’information environnementale bien traitée, non seulement, est un bon outil d’aide à la décision, mais elle permet surtout de fonder une opinion publique sans laquelle ces exercices en question, qui imposent des exigences plus fortes que celles ayant prévalu au cours des processus antérieurs, ne sauraient déboucher sur une approche nouvelle de mise en œuvre de l’Agenda 21. Laquelle se traduit par un renouvellement des instruments de politiques publiques et un réaménagement des dispositifs institutionnels issus des différents instruments juridiques internationaux comme les Accords multilatéraux sur l’Environnement qui sont issus du Sommet de la Planète Terre de Rio de Janeiro au Brésil en 1992.
Le Sommet sur l’Environnement et le développement défini, selon le mot superbe de W. H. Linder, ancien directeur exécutif du "Centre pour notre avenir à tous", comme "la première tentative internationale de démocratisation des consultations intergouvernementales".
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