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L’accaparement des terres est aussi l’œuvre de grands propriétaires sénégalais Enregistrer au format PDF Envoyer


Au Sénégal, si l’accaparement des terres par des multinationales ou particuliers étrangers est plus visible parce que portant sur des centaines d’hectares, le phénomène est avant tout imputable à des propriétaires terriens locaux. Dans la communauté rurale de Keur Moussa, à une soixantaine de kilomètres de Dakar, quelques marabouts puissants ont pu mettre aisément la main sur des terres que les talibés, leurs disciples, leur ont cédé par "dévotion". Ces champs, où poussent haricots verts, pastèques et aubergines, sont cultivés gratuitement par des fidèles qui espèrent contribuer au prestige de leur confrérie, ou par des femmes payées 1500 francs CFA par jour – 3 CHF, ce qui ne suffit même pas au repas d’une famille nombreuse. Ici, un marabout a loué ses terres à un entrepreneur italien ; un peu plus loin, c’est un Ethiopien qui a acheté deux hectares pour une bouchée de pain ; là bas, une Nigériane s’est appropriée 300 hectares en un coup de main. Ces « grands » producteurs – en tout cas beaucoup plus grands que les autres - cultivent des légumes et des céréales dont la meilleure partie est exportée et la moins bonne écoulée sur le marché local. Quand il ne s’agit pas de de fourrage pour bœufs, alors même que les paysans locaux n’ont pas toujours assez à manger.

« Ces cultures extensives représentent une concurrence déloyale vis-à-vis des petits producteurs – 600 dans la région, qui font vivre 6000 personnes -, qui risquent de se faire éjecter du marché », nous explique Ibrahim Ciss, l’un des responsable de Woobin, la Fédération des petits producteurs de Keur Moussa. Qui, s’inspirant de la philosophie d’un ancien paysan, définit un « accapareur » comme toute personne jouissant d’un pouvoir financier ou intellectuel qui lui permet d’acheter des terres, à vil prix, à des paysans pauvres, ou de les obtenir gratuitement du conseil rural. Quand elles ne lui sont pas carrément cédées par les autorités qui n’hésitent pas à déclasser certaines forêts protégées.

Enda Pronat, avec l’accompagnement de l’ONG suisse EPER, soutient la Fédération des petits producteurs à changer les mentalités des paysans et à s’organise. Car les moyens d’action, bien que limités, existent. La décentralisation opérée au Sénégal a délégué aux autorités locales les compétences dans neuf domaines, dont l’éducation et l’agriculture. « C’est bien que les gens puissent s’impliquer directement dans la gestion des affaires de proximité, continue Ibrahim Ciss, mais encore faut-il qu’ils aient les moyens financiers de le faire. Or, l’Etat ne nous donne que 10 millions de francs CFA – 20’000 CHF - par an pour appuyer le conseil rural et il est très difficile de lever des impôts au niveau local. Souvent les gens ne s’acquittent pas de la taxe communale, mais nous essayons de les sensibiliser dans ce sens aussi. »

Les paysans comptent sur le Forum social mondial pour nouer des contacts avec des réseaux qui ont déjà été confrontés aux mêmes problèmes, comme le Mouvement des sans terre au Brésil.

Isolda Agazzi à Dakar

Source : Le blog d’Alliance Sud,

Revue de presse

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