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En marge des travaux de partage sur le projet de création d’un Conseil national de la recherche scientifique et technologique (Cnrst), le directeur général de l’Institut sénégalais de recherches agricoles (Isra), Macoumba Diouf, a annoncé des mesures pour maintenir la recherche performante et la nécessité de la participation du secteur privé au financement à la recherche agricole.
Quelle est la valeur ajoutée d’un Conseil national de la recherche scientifique et technologique (Cnrst) pour le Sénégal ?
Je me réjouis de l’érection du Conseil national de la recherche scientifique et technologique (Cnrst). Je pense qu’on arrivera au bout. C’est une structure indispensable parce que notre recherche est caractérisée par une dispersion des forces et des moyens à la fois humains, logistiques et même au niveau des résultats. On aurait beaucoup plus de cohérence, d’efficacité et de visibilité avec ces résultats si l’on était ensemble. Le cloisonnement est suicidaire, à la fois au niveau du chercheur, pour l’institution et pour le pays, voire de la sous région. Le Cnrst vient de rompre ce cloisonnement dans ce sens qu’il permet à ces équipes de travailler ensemble en mutualisant les ressources humaines. En plus, je crois qu’on a besoin d’avoir un statut du chercheur qui est harmonisé au niveau du traitement salarial, du système d’évaluation, ce qui est maintenant pratiquement le cas, car que cela soit l’Institut sénégalais de recherches agricoles (Isra), l’Institut de technologies alimentaire (Ita), et l’université qui nous a devancée, nous sommes tous au Conseil africain et malgache pour l’enseignement supérieur (Cames). Si l’on a le même traitement, les mêmes diplômes, la même mission, je ne vois pas sur quelle base, il devrait y avoir une discrimination au niveau du traitement qui fasse aujourd’hui qu’on ait des chercheurs qui quittent l’Isra pour aller à l’université. Cela contribue à fragiliser l’institution de recherche qui est l’Isra, qui a une mission que l’université ne peut pas remplir, c’est-à-dire la mission de recherche agricole appliquée. Il fallait qu’il y ait une structure dont le métier est de superviser au moins les activités de valorisation qui permettent aux chercheurs de transformer en opportunité d’affaires leurs résultats, en collaboration avec les acteurs à la base que sont les organisations de producteurs et le secteur privé.
Pour freiner l’hémorragie des chercheurs dont vous avez fait cas, le recteur de l’Université Gaston Berger a proposé, durant la première journée de cet atelier, que les chercheurs aillent au Cames comme le font leurs collègues de la sous région, qu’en pensez-vous ?
Je suis entièrement d’accord. Peut être qu’il ne le savait pas mais c’est effectif maintenant. L’Isra, qui avait un système d’évaluation pour la recherche, est allé à ce système d’évaluation qui est destiné surtout aux universités mais qui va obligatoirement s’adapter à la spécificité de la recherche agricole. Cette année correspond à la deuxième participation de l’Isra et de l’Ita au concours du Cames. Il faut quand même faire attention, on n’a pas les mêmes réalités dans l’enseignement supérieur que dans la recherche ; pour 50%, il y a une spécificité. Pour la recherche agricole appliquée, on valorise mieux un chercheur qui a mis au point une variété nouvelle, définit une fiche technique qui permet au producteur de cultiver par exemple cette variété à Tamba, qu’une publication de rang A à Nature (prestigieuse revue scientifique). Certes cette publication fait la promotion du chercheur mais qu’est-ce qu’elle apporte à l’agriculture et l’économie sénégalaises ? Pour coupler les deux, comme les chercheurs encadrent la plupart des recherches (appliquées) au niveau des universités, ils peuvent en même temps publier. Ils peuvent être sur les deux fronts, c’est-à-dire régler les préoccupations de l’Isra, de la demande sociale à la base, la demande des pouvoirs publics et régler le problème académique qui est de publier aussi en même temps des articles pour leurs promotions personnelles. Donc si l’Isra, avant, n’était pas au Cames, ce n’est pas parce qu’il ne voulait pas, c’est plutôt parce que les critères n’étaient pas adaptés à nos réalités. Aujourd’hui, c’est chose faite et le problème ne se pose plus.
Quelle place les organisations de producteurs (voire le privé) doivent) elles jouer dans la valorisation des résultats de la recherche ?
Je crois qu’au niveau des plénières, on est d’accord que la recherche doit plutôt attendre du secteur privé un appui. Il ne doit pas être en compétition avec la recherche sur la mobilisation des crédits. Le secteur privé est un client de la recherche comme l’est le producteur. Il doit attendre le résultat de la recherche pour le transformer en opportunité d’affaires. On peut aussi avoir l’inverse, c’est-à-dire il peut financer un projet de recherche en fonction des besoins de son marché. Ce n’est pas à l’Etat de le faire pour le secteur privé. Je crois qu’il appartient au secteur privé, au même titre que l’Etat, de mettre sur la table une partie des moyens pour non seulement bénéficier des acquis de la recherche mais aussi en générer d’autres. Nous attendons de ce secteur privé, en tant que client, de faire cette contribution. Dans le fonctionnement de l’Ancar, on a demandé aux organisations de producteurs de participer au financement de la recherche, à fortiori le secteur privé. Je pense qu’un agent du secteur privé ne peut pas s’ériger en technicien ou en chercheur, ce n’est pas possible.
L’Isra, c’est aussi des infrastructures en milieu rural, est-ce que le fait que celles-ci ne soient pas fonctionnelles ne peut pas avoir des conséquences sur les performances de la structure ?
On a un dispositif, en milieu paysan destiné à faire de la recherche de proximité. Si l’on est dans les grands centres et loin du paysan, quand est-ce que le paysan va adopter nos résultats ? La plupart de nos centres dans ces régions, ces zones et villages sont fermés. Et, on a fait un projet que j’ai appelé « Réhabilitation et réouverture des centres, stations et Points d’appui pour la pré-vulgarisation et l’expérimentation multi-locale (Papem) de l’Isra » et que j’ai soumis. On nous a promis qu’il pourra être éventuellement financé dans le cadre du Programme national d’infrastructures agricoles (Pnia).
Propos recueillis par Aly DIOUF
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