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Revaloriser la recherche agricole au Sénégal : les conditions des chercheurs de l’ISRA Enregistrer au format PDF Envoyer

Article paru dans le journal Sud Quotidien au sujet de l’Institut Sénégalais de Recherches Agricoles (ISRA), un outil précieux et indispensable pour le développement de l’agriculture de notre pays.

Le Sénégal, à travers l’Institut Sénégalais de Recherches Agricoles (ISRA), dispose d’un outil précieux et indispensable pour le développement de l’agriculture de notre pays. En créant l’ISRA en 1974, le Gouvernement du Sénégal a fait le pari de développer l’agriculture en s’appuyant sur la recherche agricole nationale. N’est-il pas admis que sans recherche il ne peut y avoir de développement durable ? L’ISRA a donc préparé le développement économique et social du Sénégal et l’a accompagné pendant plus de quarante ans.

En effet, les réalisations obtenues depuis sa création en attestent largement. Il n’est nul besoin ici de les rappeler toutes. Un condensé des acquis obtenus depuis sa création a été capitalisé en 2005/2006 et retrace le parcours de 40 années de recherche agricole et agroalimentaire au Sénégal. Cet ouvrage intitulé Bilan de la recherche agricole et agroalimentaire au Sénégal. 1964-2004 et réalisé avec l’ensemble des partenaires nationaux et étrangers (institutions de recherche, universités, institutions de formation professionnelle et ONG) illustre, s’il en était encore besoin, que le Sénégal dispose d’un outil de recherche performant pour booster le développement agricole de notre pays.

Dans le cadre de la lutte contre les maladies animales, l’ISRA est l’une des structures de production de vaccins les plus performantes dans la sous-région et c’est pour cette raison que son laboratoire sur les recherches vétérinaires a été choisi avec celui du Nigéria comme les laboratoires de référence pour la FAO. Dans le domaine de l’agriculture, l’ISRA est la seule structure nationale compétente qui produise des semences de pré-base de variétés végétales.

Mieux, un film intitulé Un couscous recherché produit par l’ISRA et l’ITA, avec l’appui de la Coopération Française, a fini de convaincre les plus sceptiques sur les performances de notre institut de recherche. En effet, pour le déjeuner, avec le Thiébou diène, comme pour le dîner, avec le couscous, le Sénégalais consomme les résultats de recherche agricole et agroalimentaire nationale. L’ISRA ne peut donc faire plus de recherche appliquée qu’il n’en fait aujourd’hui avec les moyens dont il dispose. Cependant, il a besoin de moyens supplémentaires pour augmenter ses performances. En effet, de nouveaux défis interpellent la recherche : ce sont les phénomènes liés au réchauffement de la terre avec ses conséquences sur l’activité agricole (perturbation du cycle pluviométrique, nécessité de trouver des variétés plus précoces, pression parasitaire accrue, entres autres). La subvention accordée par l’Etat ne représente qu’environ 40 % du budget de l’Institut. Cette subvention, en fait, ne sert qu’à payer les salaires des agents. Aujourd’hui encore, personne ne peut s’imaginer le niveau de traitement salarial de nos vaillants chercheurs. Les titulaires d’un PH.D ou d’un Doctorat d’Etat perçoivent moins de quatre cent mille (400 000) F CFA de salaire brut par mois en fin de carrière, alors que leurs homologues des universités gagnent plus d’un million de francs, soit deux à trois fois les salaires de leurs collègues de l’ISRA. Et pourtant les chercheurs ont consenti d’énormes sacrifices en se soumettant par deux fois (en 1998 et en 2005) à des évaluations externes faites par d’éminentes sommités scientifiques venant des universités et instituts de recherche d’Afrique et d’Europe. De plus, depuis 2008, l’ISRA a adhéré au CAMES et ses chercheurs postulent régulièrement pour les différents grades. Malgré tous ces efforts, cette disparité de traitement salariale entre les instituts de recherche et les universités persiste.

Il est grand temps de réparer cette injustice pour stabiliser le personnel scientifique qui va de plus en plus monnayer son talent au niveau des ONG, des universités ou des organisations sous régionales. La fuite des cerveaux est une menace grave pour l’avenir de l’ISRA. Pour stopper l’hémorragie, les autorités de l’Institut ont élaboré en 2008, en parfaite intelligence avec les partenaires sociaux, un nouveau règlement d’établissement et une nouvelle grille de salaire pour l’ensemble du personnel. Ces projets de textes réglementaires ont été transmis à la tutelle, le ministère de l’Agriculture, qui est chargé de suivre ce dossier. Ils ont fini de faire le tour des ministères pour avis et recommandations.

Tout porte à croire qu’il n’y a pas eu d’objections majeures formulées par les structures ministérielles. Notre inquiétude est qu’à la date d’aujourd’hui, le nouveau règlement d’établissement et la nouvelle grille de salaire n’ont pas encore atterri sur la table de Monsieur le Président de la République. La tutelle est ainsi interpellée et devra prendre ce dossier en main et faire le plaidoyer nécessaire pour la pérennisation de ce précieux outil de recherche qu’est l’ISRA.

En tout état de cause, des voix autorisées que sont celles des membres du Conseil Economique et Social (CES) ont fait un beau plaidoyer lors de la conférence organisée par l’Académie Nationale des Sciences et Techniques du Sénégal le mardi 11 octobre 2011 sur le thème « Rôle et place de la recherche agricole dans la lutte contre la pauvreté en Afrique ». Le Dr Kanayo NWANZE, Président du Fonds International de Développement Agricole (FIDA) lors de son brillant exposé au CES, a rappelé avec force et conviction la place centrale occupée par la recherche dans tout processus de développement.

Sud Quotidien, via SudOnLine, le 04 novembre 2011, par Dr Emile Victor COLY, Directeur de recherche, ISRA

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