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Pour faire face aux enjeux de la souveraineté alimentaire, les pays dont l’économie est bâtie sur l’agriculture devront faire le choix du consommer local. C’est le défi que veulent relever les acteurs du développement à la base à travers la planification des céréales locales en Afrique de l’Ouest.
Un jeune distributeur de pains arpentant, dès les premières heures de la matinée, les artères sablonneuses du populeux quartier de Guédiawaye, avec son pousse-pousse, rempli de miches de pain. Un autre jeune garçon, baguette à la main, affiche le visage heureux de celui qui s’offre l’une des composantes majeures de son premier repas de la journée… Ces images, qui ouvrent le film documentaire Mil et une solutions, portent en elles un message fort du consommateur sénégalais : l’attachement à la fameuse baguette de pain pour son petit déjeuner. La lecture qu’on peut en faire est double, à savoir le pain demeure un produit de consommation courante et le créneau est porteur d’emplois.
Forte de ces idées, l’Ong française Solidarité se montre, toutefois, perplexe quant à l’accès aux composantes qui entrent dans la fabrication du pain. Surtout avec la première d’entre elles : le blé. Et pour cause. Dans un monde globalisé où ‘les rapports commerciaux sont biaisés’ du fait de la porosité des frontières de certains pays en voie de développement à l’image du Sénégal, la farine de blé rentre dans le pays avec un prix défiant toute concurrence. Résultat : les producteurs sénégalais peinent à faire adopter leurs produits par leurs compatriotes.
Face à cette situation d’impuissance, la nouvelle stratégie déroulée par l’Ong Solidarité est de trouver des formules qui puissent offrir une place de choix aux céréales locales dans la chaîne de fabrication du pain. Cette approche, développée en collaboration avec le Conseil national de concertation et de coopération des ruraux (Cncr) et la Fédération des organisations non gouvernementales du Sénégal (Fongs), a abouti à ce documentaire d’une heure, réalisé lors du Forum social mondial de février 2011 tenu à Dakar.
En marge de cette rencontre des altermondialistes, informe la chargée de projets à Solidarité, Marianne Poirot, la production du documentaire Mil et une solutions aura vu le regroupement d’artisans boulangers, venus du Brésil, de la France, de l’Inde, du Mexique et du Sénégal, pour un partage d’expériences dans la panification des céréales locales dans la composition du pain. Ainsi, une semaine durant, ces boulangers se sont illustrés avec des recettes de pain composé de maïs, de mil, de manioc, de sorgho et de farine de blé avec un dosage quasi équilibré de 50 %.
Mais ce pourcentage ne semble guère viable, fait remarquer le président de la Fédération nationale des boulangers du Sénégal, Amadou Gaye. Lors des échanges ayant suivi la diffusion du documentaire, mercredi dernier 30 novembre, Gaye soulignera que le pain sénégalais, dans son format actuel, ne peut pas être produit avec ce dosage (voir entretien).
L’Ascosen pour une vulgarisation immédiate
Représentant de l’Association des consommateurs sénégalais (Ascosen), Momath Cissé estime que le consommateur sénégalais a hâte de s’offrir cette baguette de pain composé. ‘Depuis un bon bout de temps, les Sénégalais attendent cette composition de pain avec, entre autres, du mil et du blé pour s’en approprier’, fait-il remarquer. Selon le consumériste, aujourd’hui, l’important est de ‘fédérer les différentes actions afin de vulgariser ces recettes faites avec les céréales locales’. En écho à cette proposition, le secrétaire général adjoint du Cncr, Nadjirou Sall, note que le souci majeur des acteurs de la filière agricole est de ‘créer des conditions qui puissent leur permettre de commercialiser leurs produits’. Le souci étant aussi, ajoute Sall, d’’emmener de manière graduelle le consommateur sénégalais à se rapprocher de ce pain composé’.
En outre, dans le documentaire Mil et une solutions, de nombreuses recettes sont soumises à l’appréciation du consommateur. Elles vont du pain au mil sénégalais aux crêpes brésiliennes en passant par les compositions indiennes, mexicaines et autres galettes françaises. La transformation et la valorisation des produits locaux étant de nos jours ‘des voies obligées pour assurer le développement des pays dont l’économie est bâtie sur l’agriculture’, un accent particulier est mis sur le rôle des femmes transformatrices de produits. Le souci étant de mieux ‘faire face aux enjeux de la souveraineté alimentaire’, à travers des campagnes de sensibilisation à l’importance de ‘manger local’.
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