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Le régime libéral ayant traîné les pieds dans l’application de la loi d’orientation agro-sylvo-pastorale, le Cadre national de concertation des ruraux envisage d’auditionner les candidats à l’élection présidentielle sur cette question centrale. Et compte réchauffer ses propositions de 2004 pour une bonne réforme foncière.
Le Cncr a entrepris au cours de cette année 2011 un processus d’actualisation des propositions paysannes de réforme foncière formulées en 2004. Pour la réalisation de ce travail, il a bénéficié de l’appui technique de l’Initiative prospective agricole et rurale (Ipar) et du soutien financier de la Fondation Rosa Luxemburg. Dans le cadre de ce processus, le Cncr a organisé avant-hier, avec des membres de la société civile, une rencontre de partage et d’échange sur ce processus.
En effet, l’organisation paysanne avait mené entre 2001 et 2004 un large processus de réforme foncière portant sur des communautés rurales et qui a fait l’objet de restitutions et d’approfondissement tant au niveau régional que national. A l’issue de ce processus, qui a permis une large mobilisation des acteurs, les paysans et leurs partenaires ont pu proposer des pistes de réforme foncière. Et, pour les paysans, il existe trois principales justifications d’une réforme foncière. Il s’agit de la reconnaissance de droits fonciers réels, la création d’une fiscalité foncière et la réponse aux besoins fonciers de l’urbanisation et du développement économique du pays. Car, pensent-il, le régime de la domanialité nationale prohibe le prêt, la location et la vente des terres. Elle ne favorise ainsi pas la mobilité foncière.
La reconnaissance de droits fonciers réels aux paysans serait une réponse aux besoins de sécurité foncière et un remède à la situation précaire de l’occupant du domaine national. Avec la réforme souhaitée, il s’agirait, selon les paysans, de reconnaître un droit d’usage à tous les titulaires actuels d’un droit d’affectation. Car, pour eux, le droit d’affectation n’est pas en réalité un droit mais une obligation de mise en valeur que la collectivité locale et l’Etat peuvent remettre en cause à tout moment sans dédommagement si ce n’est le remboursement des impenses. Les paysans s’y sont résignés mais ne l’ont pas accepté. ‘Il n’est pas acceptable de demander à des chefs d’exploitations familiales d’investir sur des terres sur lesquelles ils n’ont aucun droit’, fait remarquer le Cncr dans une note de synthèse sur la réforme foncière réalisée avec l’Ipar sur la réforme foncière et la sécurisation des exploitations familiales.
L’organisation paysanne demande, dans la même source, aux autorités de créer des marchés locaux ou communautés de droits d’usage. Car, disent-ils, les paysans craignent de voir des détenteurs de capitaux racheter leurs terres à de vil prix et les recruter ensuite comme ouvriers agricoles. Ils proposent à cet effet que les droits d’usage reconnus aux affectataires actuels ne puissent être négociable qu’entre résidents de la communauté rurale. Ces marchés locaux de droit d’usage permettraient ainsi aux ruraux de procéder entre eux à des transactions foncières. Ils souhaitent également à ce que les droits d’usage puissent être transformés en titres fonciers. En effet, pour eux, la nouvelle législation doit reconnaître aux détenteurs de droits d’usage la possibilité, à tout moment, de transformer ce droit en bail ou titre foncier. Et, pour que cette possibilité ne provoque pas une ruée vers l’immatriculation des terres et ne soit pas contournée par les détenteurs de capitaux, ils préconisent à ce qu’un impôt dissuasif soit fixé pour les titres fonciers.
La création de comités villageois de gestion de terroirs est, en outre, souhaitée. Leurs tâches consisteraient, selon le document du Cncr et de l’Ipar, à procéder à la demande au bornage des droits d’usage, au règlement des petits conflits, à faire respecter la réglementation concernant l’exploitation des ressources naturelles et à initier des actions de préservation ou d’aménagement simples.
La création d’une taxe d’aménagement sur les terres ayant été aménagées sur fonds publics, l’établissement d’un droit de préemption du conseil, la création d’un fonds national d’aménagement foncier et de remboursement, le renforcement du pouvoir des conseils ruraux, la mise en place d’un cadastre de communauté rurale, sont, entre autres, des propositions que le Cncr souhaitent que l’Etat applique dans le cadre d’une réforme foncière.
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