
Une gouvernance verte et inclusive : l’effet « CEVE »
L’un des succès majeurs du projet réside dans la mise en place des Commissions Environnement Élargies (CEVE) dans les communes de Djinaky, Thionck-Essyl et Oukout. Ces instances ont brisé les codes traditionnels en ouvrant les espaces de concertation aux femmes et aux jeunes. Formés au plaidoyer, à la prise de parole en public et au Code forestier, ces acteurs sont devenus de véritables forces de proposition.
À Djinaky, la mobilisation a par exemple mené à un plaidoyer direct auprès du Conseil départemental de Bignona pour exiger la délimitation de la forêt communautaire. Sur le terrain, l’engagement s’est traduit par des actions citoyennes fortes : création de pare-feux dans la forêt du Blouf et aménagement de pépinières communautaires pour préparer l’avenir des territoires.

Urgence climatique : 80 hectares de mangrove restaurés avec succès
Face à la dégradation des écosystèmes côtiers, les communautés se sont fortement mobilisées pour redonner vie à la mangrove. Des opérations de reboisement massif de l’espèce Rhizophora ont été menées à Djinaky, Oukout, Thionck-Essyl et Karthiack (notamment dans les villages de Thiobon, Karthiack, Kabiline 2, Baline, Siganar et Niambalang).
Le bilan technique est une réussite totale : 80 hectares de mangrove ont été reboisés, affichant un taux de régénération spectaculaire de 96,5 %. Ce chiffre témoigne de la rigueur du suivi communautaire et de la résilience retrouvée de ces barrières naturelles indispensables face aux changements climatiques.

L’économie verte au service de la dignité et de la solidarité
Pour le CNCR, la protection de la nature est indissociable de la justice économique. Le projet ACF-AO a ainsi propulsé plusieurs filières durables et génératrices de revenus :
- Le maraîchage agroécologique : Déployé sur 9 périmètres maraîchers (répartis dans 8 villages), il a permis d’initier les exploitants aux pratiques écologiques (compostage, biopesticides, semences paysannes). Grâce aux équipements solaires installés pour l’irrigation, ces blocs sont devenus des havres de sécurité alimentaire et d’insertion professionnelle pour les jeunes. Mieux encore, ils incarnent une solidarité intergénérationnelle unique, où les jeunes soutiennent les femmes retraitées en leur reversant des contributions annuelles (jusqu’à 25 000 FCFA/an) et des paniers hebdomadaires de légumes.
- La saliculture solaire sur bâche : Expérimentée par les groupements de Niaguis et Thionck-Essyl, cette méthode propre a permis au GIE Founir de produire 40 tonnes de sel biologique en 2024, sans couper un seul morceau de bois. Une révolution écologique quand on sait que la méthode traditionnelle par cuisson exigeait 3 tonnes de bois pour une seule tonne de sel.
- L’apiculture et l’ostréiculture moderne : Des villages comme Badionkoto ont vu l’apiculture s’envoler (avec des rendements de 7,5 litres de miel par ruche dès 2024). Sur l’île de Boko, l’appropriation de l’ostréiculture moderne a été telle que les femmes du GIE PISSIKATENE ont installé, de leur propre initiative, deux parcs ostréicoles supplémentaires.
- La valorisation halieutique à Kafountine : Outre la fourniture d’équipements de protection à l’Union des femmes Transformatrices de Poissons (UNFTK), le projet a impulsé la création d’une caisse d’Association Villageoise d’Épargne et de Crédit (AVEC). Dotée au départ d’un fonds de roulement de 500 000 FCFA en produits halieutiques, cette caisse autogérée affiche aujourd’hui un capital solide de 4 000 000 FCFA, assurant l’autonomie financière durable de ces femmes.
Un héritage durable pour la Casamance
Bien que le projet ACF-AO ait officiellement pris fin ce 13 octobre 2026, les bases d’un développement endogène sont solidement posées. Les pépinières communautaires gérées par les femmes continuent de produire des plants de qualité, dont la vente assure l’entretien en toute autonomie des infrastructures solaires et des grillages.
Le CNCR salue la détermination des communautés de Casamance qui ont prouvé qu’une population informée, outillée et organisée est le meilleur rempart contre le dérèglement climatique et la pauvreté. La dynamique est lancée, les territoires sont désormais plus résilients, inclusifs et maîtres de leur destin.
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